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Camille Bondon 

par Guillaume Désanges

publié dans le catalogue du 61e Salon de Montrouge – 2016

Camille Bondon est une institution à elle toute seule. Un centre culturel mobile avec bibliothèque, archives, service des publics, auditorium et programme culturel (calendrier des rencontres sur demande). Le conglomérat multiservice développe aussi une branche conseil, proposant par exemple, par une méthodologie suggestive d’interprétation de dessins élémentaires, de construire un discours critique sur des situations spécifiques. Bref, Camille Bondon peut presque tout pour vous. Son travail à la fois proliférant, rigoureux et parfaitement classifié relève d’une sorte d’économie tertiaire bricolée, dans une autonomie totale de la production à la monstration. Une « intégration verticale » de l’économie appliquée à la création artistique. Par des éditions, des conférences-performances ou des installations documentaires, l’œuvre traite des processus de production de pensée et de savoir, individuels et collectifs, et la manière plus ou moins fortuite dont ils recyclent des données existantes. Emprunt, pillage, modification, agencement, réduction mais aussi libre association d’idée et intuition sont quelques-unes des stratégies enchevêtrées qui permettent le déploiement d’une pensée, que le travail de Camille Bondon pointe et pratique avec un humour distancié.

A la fois installation et support de performance, la table que vous voyez dans « Faire parler les livres »1 présente des vrais-faux documents, en fait des fac-similés manuels copiés scrupuleusement à partir d’une sélection de livres annotés provenant des Archives de la critique d’art à Rennes. Via ce travail de faussaire, l’artiste dresse des portraits en creux de ces critiques d’art, dont elle tente dans une conférence, à la manière d’un profiler devant des pièces à conviction, d’interpréter les significations cachées. Entre coulisses d’une pensée non encore exprimée, traces éparses d’un cheminements intellectuel et analyse critique de la production de savoir, l’œuvre repose sur l’idée qu’une forme de « poésie cognitive », aussi involontaire que signifiante, se situe littéralement dans les marges de la littérature.

[1] « Faites parler les livres », 2015

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L’écriture de la pensée

par Camille Bondon – 2013

La pratique de Camille Bondon prend la forme de situations d’énonciation, d’éditions, de mobilier où la pensée, par le langage verbal, graphique et gestuel, se construit, s’étudie et s’explore. Dans sa recherche, il est souvent question de s’installer, au sens où installer des situations, des corps, des réflexions, un cheminement de pensée ; et d’en proposer l’enregistrement ou l’expérience.

Camille Bondon est un chercheur : découvrir et comprendre sont les attitudes qui dirigent sa pensée. Elle aime voir, savoir comment, comprendre pourquoi, ça se passe, ça arrive, ça circule. Elle considère une rencontre, un échange, un regard comme source de connaissances, de partage de savoirs, d’idées.

A partir de ces croisements, elle trace, compose, assemble pour fabriquer des situations de communication. Dans les situations qu’elle installe, il est question de donner à entendre, la construction d’un regard, le cheminement d’une pensée, l’arrivée d’une idée. Elle travaille à donner à voir ce qui se passe, ce qui se construit entre. Entre des mots, entre des signes, des éléments, dans l’espace qui les sépare et qui les unit. Elle fabrique des outils de transcription pour apprendre sans être enseigné, pour savoir sans connaître.

Camille Bondon est dans le langage, dans l’énoncé, dans la mise en circulation de savoirs. Son travail est composé de trous, de vides pour accueillir, pour recevoir des éléments du regardeur. Ses situations sont des espaces de projection. Ils agissent comme des miroirs et donnent à lire ce que l’on y projette.